L’impossible, c’est pour les autres

L’impossible, c’est pour les autres

Allez, parlons de l’impossible

Le grand mot est lâché. L’IMPOSSIBLE. Celui dont on dit qu’il n’est pas français. Ce sentiment qui t’envahit parfois. Plus souvent, ce jugement définitif que d’autres portent sur tes projets, tes plans d’action et tes envies. Ce sentiment contagieux qui te coupe les pattes avant même d’avoir commencé.

Je vais te montrer ce qui se cache derrière cette notion de l’impossible et ce que tu peux en faire.

Pour préparer ces articles et podcasts, j’ai longuement échangé avec des entrepreneurs de différents horizons. Mon but : comprendre leurs challenges pour mieux y répondre.

Au fil de la conversation, j’ai amené la question suivante : quels sont les 3 sujets sur lesquels tu aimerais avoir mon avis, connaissant ta situation et mes activités ?

Cette question m’a apporté beaucoup d’idées de contenu passionnant.

Certains sujets reviennent à chaque conversations, d’autres sont plus inattendus.

Du conseil à la mise en garde, il n’y a qu’un pas

J’ai remarqué une chose : certains de mes interlocuteurs face à cette question se lancent dans une longue série de mises en garde et de conseils.

« Fais attention à ceci », « fais super gaffe à cela ».

Pour certains c’est très clair : à les écouter, ce que je fais ne devrait pas marcher, n’aurait pas dû marcher, ou ne marchera pas. C’est impossible.

A aucun moment ils n’ont l’air de se dire qu’il doit y avoir un truc qui leur échappe. La méthode a marché et continue de marcher. Pour moi comme pour plein d’autres, d’ailleurs. Je ne suis quand même pas le seul chef d’entreprise au monde à me trouver une large partie du temps éloigné de mon équipe.

Pourtant des gens parfaitement sensés t’affirment que c’est impossible. Leurs mots sont assez durs, même. Ils te parlent comme si tu étais un entrepreneur débutant en train de monter sa boîte, alors que tu as construit de zéro une marque, des produits, une équipe, une clientèle. Aors que les choses fonctionnent, qu’elles sont rentables, que la boîte est en progression constante, année après année.

Mais les voilà avec une liste de mises en garde longue comme le bras.

Mauvaise compréhension de ma question ? Je n’ai pas demandé de conseils, c’est même l’inverse. J’ai demandé sur quels sujets ils estimeraient avoir quelque conseils à recevoir, ou du moins, mon avis compte tenu de ce que j’ai accompli.

Plus d’une fois quand la conversation prenait cette tournure, j’ai eu envie de dire « attends tu es gentil, mais je te rappelle que pour moi ça va… je suis parti de zéro et 5 ans après j’en suis là, ça fonctionne, etc. Tu me parles comme si j’en étais à mon deuxième trimestre. »

Mais la conversation se serait arrêtée là et ça n’aurait pas été très productif de me fâcher avec eux.

J’ai donc préféré laisser dire pour comprendre pourquoi la conversation prenait cette forme.

On ne juge de l’impossible que par son propre référentiel

J’ai compris une chose : quand les gens te disent qu’une chose est impossible, qu’ils descendent ton idée ou qu’ils te font d’énormes mises en garde, en creux c’est d’eux-mêmes qu’ils te parlent.

Ce qu’ils te disent en fait c’est que cette chose est impossible pour eux, qu’ils se sentent incapables de faire fonctionner ton idée à ta place ou les systèmes que tu utilises avec succès. Bien souvent c’est d’eux-mêmes qu’il s’agit, pas forcément de toi.

On juge par rapport à son propre référentiel.

Bien sûr s’il s’agit d’amis proches ou de membres de ta famille, il y a aussi le fait qu’ils se soucient de toi, qu’ils t’aiment et qu’ils ne veulent pas qu’il t’arrive du mal.
Mais là encore, le souci qu’ils se font pour toi est à la hauteur de ce dont eux-mêmes se sentent capables, en fonction de leurs propres aptitudes ou de ce qu’ils savent des tiennes.

Les personnes qui me connaissent vraiment bien me font bien sûr des mises en garde. Mais elles font des mises en garde généralement pertinentes, adaptées à mes lacunes. Elles me connaissent, savent de quoi je suis capable, ce que j’ai déjà fait, etc. Elles savent aussi là où ça pêche.

Mais les interlocuteurs qui me connaissent moins bien sur le plan professionnel… c’est autre chose.

« Impossible » : le message dans le message

« Fais super gaffe à tes moyens de contrôle. Comment tu fais, à distance, pour être sûr qu’on ne te raconte pas de salades ? Comment tu vérifies ? »

Ce que mon interlocuteur est en train de faire sans forcément s’en rendre compte, c’est de projeter sur moi ses propres incertitudes, ses zones d’inconfort, ses pires craintes. D’ailleurs il me parle spontanément de contrôle. Il ne parle pas spontanément de confiance, qui est l’autre côté de la médaille. « La confiance n’exclut pas le contrôle », et c’est vrai.

Mais le fait qu’un interlocuteur te parle d’abord du contrôle (voire, uniquement du contrôle) en dit long sur son état d’esprit.

Ce qu’il me dit, c’est :

« Je trouve que je ne contrôle jamais assez. Pourtant je contrôle tout, sans arrêt. Au fond, j’ai du mal à faire confiance à mon équipe. Ils sont bien, mais je suis persuadé qu’ils ne feront pas le boulot comme moi je le ferais. Et je pense que ma façon de faire le boulot est la seule qui vaille. Je suis terrifié à l’idée de faire autrement. Donc je repasse derrière eux, tout le temps. Comme ça fait pas mal d’années que je fais ça, j’en déduis que je suis comme ça et que c’est impossible de changer ça. Et donc je ne comprends pas comment on peut faire autrement. Les gens qui font autrement courent de graves dangers. Parce que moi à leur place, je me sentirais en danger.»

Le vrai message qui m’est destiné, en creux est « Moi, à ta place, je serais gravement en danger en raison de ma manière d’être et de faire »

Appréhender d’un même coup d’oeil le conseil et le conseilleur

Garde ça en tête quand autour de toi on t’inonde de mises en garde et d’avis négatifs catégoriques. Ceux qui portent un jugement sur ta situation, ta méthode ou ton projet, le font selon la référence qu’ils connaissent le mieux : eux-mêmes.

C’est très enrichissant de les écouter, parce que ça dépeint des traits de personnalité qui ne sont pas forcément les tiens. Ca te montre comment, en étant cablé autrement, on peut analyser ta situation. Tu en retireras toujours des idées, des réflexions qui te seront utiles.

 Je ne suis pas en train de te dire que tu ne devrais jamais écouter une mise en garde. C’est très utile de recevoir des avis et parfois des conseils. J’en ai reçu énormément et j’en reçois toujours.

Mais garde une grille de lecture en tête, toujours. Rappelle-toi que tu n’es pas ton interlocuteur.
C’est d’ailleurs ce qui explique que tu reçois des conseils et avis tellement différents les uns des autres, au point d’être complètement contradictoires parfois. C’est tout simplement parce qu’il y a autant d’avis que de gens. Les avis sont avant tout le reflet de la personnalité de ceux qui les donnent.

Les Cassandres du petfood : puisqu’on te dit que c’est impossible !

En 2012 quand j’ai monté Atavik, mon premier projet dans le petfood, des amis m’ont dit « oulala, le petfood, t’es fou, c’est un secteur impossible, il y a trop de concurrence, tout le monde doit péter ses marges, le marché appartient aux 3 plus gros et derrière tout le monde se casse la gueule. Y a plus rien à faire dans le petfood. »

Sauf que… on a créé une nouvelle proposition de valeur pour nos clients, on a organisé notre distribution de façon à protéger nos marges, on a créé un état d’esprit autour de la marque qui est difficile à copier tel quel, etc. Donc il y a tout à fait moyen d’arriver à quelque chose dans le petfood. Encore faut-il concevoir les choses différemment du mainstream.

Et puis, c’est quoi ce « quelque chose » auquel il faudrait arriver ? Talonner les 3 plus gros du secteur ? Fair des centaines de millions d’euros de CA et avoir des milliers de salariés ?

La définition qu’on donne à ce quelque chose en dit déjà très long sur celui qui la donne. Ne peut-on pas se satisfaire de moins, y connaître une belle réussite, dont on est fier, à une échelle humaine, en se spécialisant?

Ce que mes amis me disaient en réalité, c’est qu’eux-mêmes étaient à cours d’idée dans le petfood. Ils avaient complètement baissé les bras et entériné le fait qu’il n’y avait plus rien à tenter. Ils avaient complètement renoncé à y réfléchir. Ils tenaient pour acquis le mode de distribution dominant qui effectivement broie quiconque veut y jouer les premiers rôles. Mais je ne suis pas mes amis.

Les contours de l’impossible : zone de confort acquise ou innée ?

Je ne suis pas en train de dire que tu ne dois pas prendre conseil auprès de qui que ce soit ou ne rien écouter de ce qu’on te conseille.

Tu devrais simplement rechercher un certain type de conseils : ceux qui proviennent de gens dont la zone de confort est plus vaste que la tienne. Ceux dont le champ des possibles est plus étendu que le tien. Les gens qui ont plus d’expérience que toi sur un sujet. Qui ont surmonté des obstacles qu’il te reste à surmonter.

L’idéal serait qu’ils en soient passés par là avant toi et qu’ils aient appris à élargir cette zone de confort. Car seules ces personnes savent qu’il est possible d’élargir sa zone de confort. Il est possible d’acquérir, dans le temps, de nouvelles capacités qui rendent tout d’un coup possibles des aventures qui ne l’étaient pas précédemment.

Et la bonne nouvelle, la voici : c’est presque toujours le cas.

Tu seras surpris d’apprendre que dans la plupart des cas ce sont des compétences et qualités qui ont demandé avant tout du travail, de la réflexion, des efforts.

Avant de dire que c’est impossible, comparer ce qui est comparable

Ne te réfugie pas dans le confort qui consiste à penser que telle ou telle qualité est innée, que d’autres l’ont par magie, et que si toi tu ne l’as pas c’est foutu.

Car parfois tu balayes ces personnes d’un revers de main en te disant que pour elles, ce n’est pas pareil : « lui c’est pas pareil, il est doué pour ça, elle est à l’aise avec ça, c’est son truc, etc »

N’en préjuge pas. Gratte un peu. Ecoute ces gens te parler de leur parcours. Tu seras surpris plus d’une fois par la distance qui sépare ce qu’ils étaient au début et ce qu’ils sont devenus.

Et ne compare pas ton premier pas à leur 10000ème pas. Si la première fois que tu empoignes une raquette de tennis tu compares ta technique à celle de Roger Federer, tu n’auras plus jamais envie de toucher une raquette.

Fais ton premier pas. Puis le deuxième. Et compare le deuxième au premier. Puis le troisième au deuxième.

La seule personne à laquelle il est productif de te comparer, c’est toi la semaine dernière. Toi il y a 3 mois. Toi il y a un an.

A l’impossible nul n’est tenu : il n’est jamais trop tard pour apprendre

C’est tout le sens de ma démarche, au fond. J’espère faire partie de ce cercle de personnes qui t’aideront à comprendre que tu n’es jamais au bout de tes ressources.

Il n’est jamais trop tard pour apprendre. Jamais trop tard pour développer de nouvelles compétences. Ou pour changer sa façon de faire. Ou pour acquérir de nouvelles qualités.

Ah si, il y a deux cas où c’est trop tard.

Le premier, c’est quand on est mort. Et encore. Plein de gens ont l’air affublés de toutes les qualités une fois qu’ils sont morts. Comme disait Brassens, « Les morts sont tous des braves types. »

Le deuxième cas où c’est trop tard, c’est quand on décide qu’on n’a rien plus rien à apprendre.

Si c’était ton cas, tu ne serais pas en train de m’écouter ou de me lire.
Si tu le fais c’est que tu n’es pas mort, non plus.

Donc, tout va bien !

Mon challenge pour toi pour finir cet article, c’est :

1. Réfléchis à la dernière fois que tu as fait des mises en garde à quelqu’un. Quelle part de ces mises en garde faites à autrui reflètent tes propres peurs ? Etre capable d’identifier ce mécanisme chez toi-même, t’aidera à challenger ta zone de confort un peu à la fois.

2. Et toi, ces 3 sujets dont tu aimerais qu’on parle, c’est quoi ?

Podcast – Ep1 – Ce que les chefs d’entreprise ne cherchent pas

Ce que les Chefs d'Entreprise ne cherchent pas - Saison 1 - Episode 1

par Nicolas Nolf | Boss Autrement

Parfois ce qu’on ne cherche pas sur Google en dit plus long que ce que l’on cherche. Je me suis donc penché sur ce que les chefs d’entreprise ne cherchent pas…

Tu retrouveras toutes les notes relatives à ce podcast, sur la page blog de l’article « Ce que les Chefs d’Entreprise ne cherchent pas« .

Ce que les chefs d’entreprise ne cherchent pas

Ce que les chefs d’entreprise ne cherchent pas

Quelles sont les expressions-clés les plus recherchées sur Google par les chefs d’entreprise ? C’est surtout l’absence de recherche qui peut surprendre. Retour sur des carences qui en disent long.

Comme toute personne qui décide un jour de publier du contenu destiné à un public spécifique, je me suis posé la question du référencement naturel de ce site. J’aimerais évidemment qu’un maximum de chefs d’entreprise tombent sur ces pages, y puisent de l’inspiration et y réagissent afin de les rendre toujours plus pertinentes.

Quand on veut optimiser son référencement naturel, l’une des premières choses à faire est de réfléchir aux mots clés que l’on souhaite travailler. J’ai évidemment en tête une liste de sujets sur lesquels je compte prendre la parole ici, que ces sujets intéressent 10 ou 100 personnes. Mais je souhaite le plus possible répondre aux attentes d’un maximum d’entrepreneurs.

La question devient alors : sur quels sujets les chefs d’entreprise font-ils des recherches Google ? 

Gestion du temps, développement personnel : les requêtes génériques existent

Un très bon point de départ pour y répondre est de se pencher sur les requêtes les plus courantes sur Google, grâce à l’outil Google Keywords Planner. Il donne des indications sur le volume mensuel de recherches des différents mots clés et expressions que l’on vise.

Après quelques minutes de travail sur l’outil un phénomène assez frappant m’est apparu. Si effectivement les recherches génériques sur « comment gérer son temps« , « travailler de chez soi« , ou encore « équilibre vie personnelle / vie professionnelle » se comptent généralement en milliers de requêtes mensuelles, j’ai pu constater qu’elles ne sont jamais assorties du moindre ciblage « chef d’entreprise » ou « dirigeant« .

« Comment gérer son temps quand on est prof », « quand on est cadre », « quand on est étudiant », « quand on est enceinte », etc, toutes ces requêtes existent dans des proportions suffisantes pour être détectées par Google. Autrement dit Google confirme l’existence de milliers d’étudiants, cadres, profs ou femmes enceintes qui se posent des questions sur la gestion de leur temps.

« Travailler de chez soi quand on est cadre », par exemple, fait aussi l’objet d’une multitude de requêtes. Nombreux sont les cadres qui voient dans le télé-travail la clé d’une meilleure productivité, qui souhaitent mieux exploiter les outils de communication modernes ou négocier avec leur employeur quelques éléments supplémentaires d’un meilleur confort de vie… et le télé-travail, quand il est bien mené, coche effectivement toutes ces cases.

Mais « gérer son temps quand on est chef d’entreprise » ne fait pratiquement l’objet d’aucune requête. « Travailler de chez soi quand on est dirigeant » (ou ses variantes), idem. Pas plus que le « développement personnel du dirigeant« .

Evidemment, des pages existent sur tous ces sujets. Que l’on soit auteur de livres sur le développement personnel, un cabinet de conseil en management, une société de conseil en stratégie ou un coach en accompagnement du dirigeant : tous ces acteurs ont du contenu à proposer, des formations, du coaching, du consulting.

Mais ces expressions-clés ne semblent faire l’objet d’aucune requête spontanée, tout au moins pas dans des proportions que l’outil de Google prendrait la peine de signaler.

Pourquoi les chefs d’entreprise ne font-ils pas de requêtes spécifiques ?

Première hypothèse pour expliquer ce phénomène : les chefs d’entreprise se contenteraient-ils de requêtes génériques qui leur proposent des pages destinées à tous les types de situation sauf la leur ?

Les conseils sur la gestion du temps ou l’équilibre vie personnelle et vie professionnelle sur des sites qui partent du principe qu’on a les 35h et des RTT, correspondent sans doute à la réalité d’un salarié, mais pas à celle d’un dirigeant.

Se renseigner sur les gains de productivité liés au télé-travail alors qu’on est la patronne et qu’il ne tient qu’à soi d’agir sur les interruptions dans son entreprise, c’est aussi prendre le problème par le mauvais bout. A plus forte raison si l’on est soi-même victime d’interruptions à répétition, par exemple en conséquence de son micro-management (voir l’article sur Les ravages du micro-management).

Difficile de croire, par conséquent, que les chefs d’entreprise trouvent leur bonheur par des requêtes génériques sur ces sujets.

Autre hypothèse : rares sont les chefs d’entreprise qui ont une démarche construite et plannifiée sur ces sujets. Ils se forment « à la volée », y consacrent ça et là un peu de lecture, assistent de temps à autre à un atelier ou une conférence. L’inconvénient de cette méthode est que ces sessions sont les premières variables d’ajustement quand l’agenda se resserre. Au lieu de protéger ces espaces de réflexion et de développement personnel, c’est la première chose qu’on annule quand les imprévus surgissent. Et les imprévus, malheureusement, il y en a toute la semaine.

Dernière explication possible : les chefs d’entreprise seraient-ils des êtres naturellement surdoués qui ont déjà tout compris à la gestion du temps ? Maîtriseraient-ils déjà tous le télé-travail (le vrai, pas celui consistant à travailler 7 jours sur 7 en amenant des montagnes de dossiers à la maison) ? Auraient-ils un sens inné de l’équilibre vie personnelle et vie professionnelle ?

Il me semble pourtant rencontrer en très grand nombre des hommes et femmes chefs d’entreprise ne sachant plus où donner de la tête. Des gens qui passent 12h par jour au bureau sans lever la tête du guidon. Des entrepreneurs qui souffrent largement d’une vie professionnelle qui les accapare au point de reléguer leur vie personnelle au second plan. Il n’y a qu’à interroger leurs conjoints ou leurs enfants pour se rendre compte qu’un très grand nombre font le constat d’un papa ou d’une maman chef d’entreprise aux abonnés absents, qui a rarement un temps de qualité à leur consacrer.

« Un problème, moi ? Jamais. »

Il est donc plus probable que beaucoup de chefs d’entreprise n’ont pas conscience d’avoir un problème de gestion du temps ou d’équilibre vie personnelle et vie professionnelle.

D’autres en ont conscience, mais n’imaginent sans doute pas trouver des solutions sur le web. Peut-être n’imaginent-ils pas en trouver où que ce soit.

En réalité, beaucoup ont complètement entériné une certaine fatalité : il serait devenu absolument normal quand on est chef d’entreprise, d’être complètement débordé en permanence, de passer sa vie au bureau et de zapper sa vie personnelle.

Un sondage Opinionway de septembre 2017 pour Le Figaro ne disait d’ailleurs pas autre chose : 74% des entrepreneurs y déclaraient que la création d’entreprise est incompatible avec une vie de famille.

C’est un mécanisme très puissant : du moment que l’on accepte cet état de fait comme étant « normal », il n’y a plus la moindre recherche de solution. On est ainsi assuré de n’en trouver aucune. Et ne dit-on pas que s’il n’y a pas de solution c’est qu’il n’y a pas de problème ? La boucle de l’absurde est bouclée.

Le chef d’entreprise super-héros et la pression sociale

Pire, chercher des solutions serait anormal, le signe d’une faiblesse, la preuve que l’on n’est pas taillé pour ce métier.

Dans les rassemblements de chefs d’entreprise, d’ailleurs, combien se plaisent à rouler des mécaniques en narrant leurs agendas surbookés ou leurs 300 mails quotidiens ? Jaugeant son voisin du coin de l’oeil, chacun est enclin à se trouver rassuré de ne pas être le seul… tout en entérinant encore un peu plus que ça doit être normal. D’ailleurs quand on sollicite auprès d’eux un rendez-vous, ne leur sussure-t-on pas « vous devez être très pris » ?

Les mots ont un sens conscient et inconscient.

« Vous devez être très pris » = vous êtes certainement très pris.

« Vous devez être très pris » = en tant que chef d’entreprise, il est de votre devoir d’être très pris, il ne serait pas acceptable que vous ne le soyiez pas. Ce serait même louche. D’ailleurs celui qui a tout son temps ne s’en vante surtout pas ! Comme si ça ne faisait pas sérieux. Mieux vaut encore admettre publiquement qu’on n’arrive pas à se verser de salaire, que reconnaître qu’on a du temps devant soi.

Et le leadership dans tout ça ?

On peut même s’attarder sur « être très pris » : pris au piège. On remarque la forme passive. On est pris par quelque chose. On subit. Comme si ça ne dépendait pas de nous. On se veut décideuse, on se rêve meneur d’hommes, on parle de leadership à longueur de LinkedIn, mais « on est très pris ». Il y a là au minimum un paradoxe à éclaircir.

Voilà qui ne me facilite pas la tâche, en tout cas : il s’agit d’amener du contenu à des gens qui estiment majoritairement ne pas en avoir besoin, et dont beaucoup préfèreraient se faire tuer sur place qu’admettre le contraire.

Qu’à cela ne tienne ! On procèdera par petites touches, en lançant ici ou là quelques pistes de réflexion, pour que l’intérêt des uns et des autres remonte par capillarité. Je ne suis pas pressé. Oserai-je même dire que j’ai tout mon temps ?