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Le syndrome de l’imposteur : concrètement, c’est quoi ?

Le syndrome de l’imposteur guette tout jeune chef d’entreprise et se manifeste généralement très vite.

Te voilà officiellement chef d’entreprise. Les statuts sont déposés, ton site web est en ligne, des cartes de visite toutes neuves viennent d’arriver, le marquage de ton véhicule est terminé, les premiers articles de presse locale sont en train de sortir… bravo !

C’est le temps de l’adrénaline des débuts. Ton entourage n’est pas en reste. Ta famille, tes amis, moitié encourageants, moitié taquins : « Alors, ça y est ? Tu t’es lancé ? C’est le grand saut ? Monsieur le Directeur ! Madame la Présidente ! »

Tu adhères peut-être à l’association professionnelle nationale, ou celle du coin. Tu commences à fréquenter leurs rassemblements, petits déjeuners, cocktails, etc. Te voilà aussi peut-être dans un ou deux réseaux de business, ça ne peut pas faire de mal.

Au fil des semaines il est possible qu’un sentiment un peu indéfinissable commence à t’envahir.

En discutant avec tous ces professionnels, en les écoutant parler, tu es peut-être un peu partagé. Celui-ci est dans sa dixième année d’existence et affiche 40 salariés. Celle-là raconte le chemin de croix du dernier marché public qu’elle a vaillamment remporté. Une autre égrène au coin d’une phrase les noms prestigieux de quelques-uns de ses clients.

Ton premier sentiment est l’admiration. C’est pour suivre les traces de ces chefs d’entreprise que tu as voulu te lancer. Leur réussite est une source d’inspiration et de motivation. C’est notamment pour ces retours d’expérience que tu fréquentes ces rassemblements.

Mais dans le même temps, tu as déjà pu commencer à mesurer la difficulté de « percer »… les premières pistes que tu croyais avoir n’ont rien donné, tu t’es rendu compte que beaucoup de prospects ont déjà leurs habitudes avec des concurrents beaucoup plus « installés », et que tu es face à des sociétés affichant une ancienneté et des références clients sans aucune commune mesure avec toi qui viens de démarrer.

Alors un deuxième sentiment s’installe, et il est alimenté par une dose croissante de doute.

Ce sentiment, c’est le syndrome de l’imposteur. Cela signifie tout simplement avoir du mal à se sentir légitime dans son métier et son activité les premiers temps.

Doute sur le bienfondé de ta création d’entreprise, doute sur ton étude de marché, sur le temps que les choses vont mettre à se concrétiser… et donc doute sur ton prévisionnel, sur ton financement, et sur la viabilité de ta jeune entreprise.

Et fort logiquement, par conséquent : doute sur toi-même. Au fil des mois quand la curiosité de ton entourage se fait plus pressante, tu es de moins en moins à l’aise : « Alors, ça en est où ? Tu avances bien ? Tu es content ? Pas trop dur ? »

Ce doute est peut-être renforcé par ta jeunesse : pour peu que tu sois fraîchement diplômé, tu n’as pas 20 ans d’expérience dans ton domaine. Tu n’as pas le réseau professionnel d’un vieux briscard. Tu as peut-être tout simplement l’air bien jeune, aussi. Tu as pleinement conscience d’être en train de vendre ton expertise à des prospects qui ont l’âge d’être tes parents. Ils en ont sans doute conscience aussi. Quand ils te disent « J’ai intégré cette boîte en 1991 », tu ne peux t’empêcher de remarquer qu’en 1991, tu n’étais pas né.

Et dans le regard de tes interlocuteurs, quand tu déballes ton « elevator pitch » soigneusement préparé pour répondre en 10 secondes à la fameuse question « Et toi, tu fais quoi ? », il te semble lire parfois un air gentiment amusé.

Tu t’entends penser « Je ne suis pas crédible, je n’ai encore rien fait, je n’ai pas encore facturé un euro. Je vis encore chez mes parents et je bosse dans ma chambre. Avec mon associée qui a 23 ans comme moi on a dormi chez ma tante pour assister au dernier Salon sans payer l’hôtel. »

Tu t’entends le penser si fort que tu te demandes même si ton interlocuteur ne l’a pas entendu aussi. La bande-son de ce sentiment ressemble un peu à cette chanson d’Alain Souchon :

Syndrome de l’imposteur : un sentiment normal

Je suis là pour te dire que c’est un sentiment qu’il est normal de ressentir. La plupart des jeunes chefs d’entreprise ont le syndrome de l’imposteur.

A des degrés divers, certes. On n’est pas tous complètement égaux face au syndrome de l’imposteur, car c’est aussi selon l’estime de soi qu’on a au départ, la dose de confiance en soi, la propension à douter ou au contraire, à une certaine insouciance.

C’est souvent plus dur pour les « premiers de la classe » parce qu’ils gambergent plus que la moyenne, ils veulent briller, ils y sont habitués. Tout récemment avant de se lancer, ils avaient ce « statut » parmi leurs camarades. Tout d’un coup, une fois dans le grand bain du marché, ils n’ont plus de statut. Avoir été major de promo ou avoir eu « mention Très Bien » ne veut plus rien dire quand on crée son entreprise.

La pression de l’entourage est encore plus forte pour eux car les proches ont aussi eu l’habitude de les voir briller et beaucoup ne se rendent pas compte que tous les compteurs sont remis à zéro quand on crée l’entreprise : « Je suis sûr que ça cartonne pour toi ! » Et comme on ne veut pas inquiéter ses proches, on répond par un rire embarrassé et on change vite de sujet. Et ils resteront persuadés que « ça cartonne »… ce qui aura pour conséquence qu’on va continuer de garder ses doutes pour soi.

Car en parler, c’est dur. En parler à qui, déjà ?

A ses proches ? On craint de les inquiéter et de les décevoir, premièrement. Quand Pépé dit « Je suis sûr que ça cartonne ! » l’oeil brillant de fierté pour la « réussite professionnelle » de son petit-fils, on ne va quand même pas lui dire « J’en bave comme jamais, je ne facturerai pas un euro avant un an, je n’aurais jamais dû faire ça. »

Pour peu que dans l’entourage il y ait eu des sceptiques dès les premières étapes de ton projet, tu ne veux surtout pas non plus avoir droit au : « Je te l’avais bien dit, tu n’as pas voulu m’écouter ! Faut pas venir te plaindre maintenant ! » C’est le dernier truc que tu as envie d’entendre.

Sans parler du classique « Non mais écoute-le, il est patron et il se plaint ! Tu ne veux pas que je pleure, aussi ? » C’est fou le nombre de gens qui s’imaginent que du moment qu’on est « patron » l’argent coule à flot et on a automatiquement la belle vie. A se demander pourquoi tout le monde ne monte pas sa boîte, finalement.

Et en parler… pour en dire quoi ?

On ne veut pas avoir l’air de se plaindre. On se trouve un peu ridicule d’éprouver ce sentiment, car effectivement, on s’attendait à quoi ? A ce que le marché se précipite à notre porte pour nous passer des commandes dès la première semaine, sous prétexte qu’on a lancé son site web et fait floquer une parka ? On éprouve un sentiment de naïveté, et on n’en est pas fier.

Et puis on se dit que c’est pas pro de se lamenter. On est patron, bon sang. Le fameux entrepreneur risque-tout, aux nerfs d’acier. Celui qui se jette d’une falaise et construit un avion sur le chemin de la descente. Même pas peur. Pas nous. Pas le droit.

N’empêche, le syndrome de l’imposteur est bien là, avec son terrible cortège de doutes inexprimés.

Le syndrome de l’imposteur : des conséquences qui ne sont pas seulement dans la tête

Bah, ce n’est pas bien grave, si ? Les doutes finalement, c’est tout dans la tête.

Eh bien pas seulement. Il y a de vrais dangers concrets pour celui qui est dans le syndrome de l’imposteur.

Le principal danger est de mal se vendre. L’elevator pitch peut devenir hésitant et manquer de punch, par excès de modestie.

On peut ressentir le besoin d’y apporter trop de précisions, pour bien montrer sa compétence technique, prouver qu’on connait son sujet et qu’on le travaille en détail. L’interlocuteur est vite perdu, ou saoulé, ou les deux en même temps. Il passe vite à la personne suivante et s’empresse de t’oublier.

C’est quand même plus impactant de dire « Je lance l’iPod. Ce sera 1000 chansons dans votre poche. » que de dire « Je lance un lecteur de musique digitalisée qui aura une capacité mémoire de 5 Go et qui permettra de stocker jusqu’à mille fichiers comme par exemple de la musique, ça mesure à peu près 8 cm de long et 4 cm de large, et on peut l’emmener facilement avec soi dans une poche ou dans un sac ou dans sa boîte à gants. J’y arrive parce que j’ai trouvé le moyen de miniaturiser tel composant avec l’aide d’un partenaire industriel à Singapour, parce que jusqu’à présent c’était tel standard qui était utilisé par les industriels mais maintenant on peut avoir accès à tel nouveau truc et donc etc etc »

Un autre danger est de ne pas facturer assez cher sa prestation, ou accepter des conditions commerciales atroces comme des remises énormes, des garanties invraisemblables ou des délais de paiement insupportables. Bref, c’est un coup à passer pour un entrepreneur désespéré, prêt à tout et donc vulnérable. (A ce sujet tu trouveras en bas de cet article le lien pour obtenir gratuitement l’E-doc « Les 3 erreurs fatales des (jeunes) chefs d’entreprise« )

Le management n’est pas épargné non plus. On voit beaucoup de jeunes chefs d’entreprise passer à côté du management de leur équipe, parce qu’ils éprouvent ce sentiment d’illégitimité. Ils adoptent un management flottant, hésitant, et transmettent à leur équipe ce sentiment de ne pas bien savoir où l’on va et de ne pas oser s’affirmer. Le doute est contagieux. D’autant que le management s’apprend difficilement à l’école.

Le syndrome de l’imposteur est aussi appelé syndrome de l’autodidacte, car nombreux sont les autodidactes qui traînent très longtemps, parfois éternellement, une sorte de complexe d’infériorité par rapport à ceux qui sont bardés de diplômes.

On démarre souvent d’une expertise technique, une expertise métier : ingénieur de formation, on invente tel procédé et on décide de créer l’entreprise pour le développer et le commercialiser. Informaticien, on invente une application et on crée l’entreprise pour la mettre sur la marché.

Mais rares sont les entrepreneurs diplômés en management. On apprend le plus souvent sur le tas. Donc au début on endosse un costume encore souvent trop grand pour soi. Recadrer un client trop long dans ses paiements, on n’ose pas. Négocier âprement les tarifs auprès d’un fournisseur, on ne s’en sent pas toujours capable non plus au début. Idem avec les collaborateurs : on ne se sent pas à l’aise dans ses recadrages, on cherche ses mots, ou alors on commet des actes d’autorité gratuite et exagérée. On se sent ridicule juste après.

On devient chef d’entreprise d’une minute à l’autre en déposant les statuts d’une société au greffe. Mais l’aplomb, la confiance en soi et l’autorité projetée qui doivent aller avec sont souvent beaucoup plus longs à venir.

Le syndrome de l’imposteur : comment en sortir ?

La prise de conscience est déjà 80% de la solution. Toi qui viens de lire cet article, tu sais maintenant plusieurs choses :

  1. comment se nomme ce sentiment
  2. par quels mécanismes il se met en place
  3. que ce sentiment est complètement normal et très répandu
  4. que tu n’es donc ni le premier, ni le seul à l’éprouver.

Tu peux donc désormais le prendre comme n’importe quelle autre composante de ta situation de jeune entrepreneur. C’est comme le fait de ne pas encore être connu. Comme le fait de devoir encore affiner ton offre. Comme le fait de devoir encore mieux définir ta cible. Ce sentiment devient donc comme n’importe quoi d’autre. Il fait partie du paysage.

Le meilleur remède que j’ai trouvé à ce sentiment est d’interroger les autres au sujet de leur parcours. Discuter avec d’autres jeunes chefs d’entreprise, déjà, permet de confirmer que « ça le fait à tout le monde ». On en parle avec d’autres dans la même situation (ils le sont pratiquement tous !), on dégonfle le truc, on en rit.

Discuter aussi avec des gens plus expérimentés. Ces personnes qui nous impressionnent par leur maîtrise, leur expérience. Derrière chacun de ces succès il y a une histoire de doutes, de remises en question, de vaches maigres, mais aussi d’un peu de culot, d’un peu de bluff… et donc de beaucoup de courage et de ténacité. Et même une main tendue pour te donner ce petit coup de pouce, parfois.

Tu trouveras ces opportunités d’en parler avec d’autres dans des structures comme Réseau Entreprendre, les ruches d’entreprises, le club entrepreneuriat de ton école, etc. Et même sur ce blog ! Ne reste surtout pas seul à gamberger. Et dis-toi aussi que ton témoignage sera aussi utile à d’autres dans la même situation. Il suffit de libérer la parole.

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